Il est déjà ce matin alors que je pensais n'être qu'hier ! Le temps passe si vite, coulant sur les flots de nos jours à moins que ce ne soient nos jours qui coulent sur les vagues du temps.
Insaisissable, incontrôlable, ainsi va le temps ! J'ai rêvé un jour de pouvoir l'arrêter, le contrôler, le maîtriser. D'un coup de baguette magique, en faire ce que je voulais et ne pas vieillir, ne plus être son esclave ! Esclave du temps à qui je ne demande rien.
Alors j'ai essayé de me mettre à vivre sans le temps, sans montre... Hélas, mille fois hélas, voici que ces aiguilles me rattrapent partout où je vais, partout où je passe, aiguilles, cristaux, néons, portable marquent infatigablement le temps qui passe.
Et voici que le petit miroir de ma salle de bain s'en mêle et ajoute sur mon visage les marque du temps, toujours lui, s'amuse à dessiner. Comme pour me rappeler que tous mes combats sont vains, qu'il est là, qu'il existe et que je me dois d'accepter cette fatalité !
Ce serait si beau de ne pas vieillir, de ne pas risquer les rhumatismes, la maladie, de toujours courir sur ses deux jambes, de bondir par dessus les poubelles, de faire du parapente, de l'escalade, de tomber et de se relever sans la moindre égratignure.
Mais ce serait si triste de ne pas vieillir ! De ne plus changer, de rester celui que je suis, comme je suis aujourd'hui, de n'avoir aucune chance de m'améliorer un peu, encore un peu, juste un peu ! De ne pas voir passer les jours en disant que demain serait un autre jour, un jour autre. (Peu être un jour meilleur ?) De ne pas voir baisser le jour, de ne pas se voir s'en aller, de ne pas avoir à pleurer ses amis, ses proches qui vous quittent, de ne pas éprouver l'amour au moment même du grand départ.
Que serait la vie sans le temps de la fin de vie, sans le temps qui précède la vie ?
Il est temps !